Intervention de Laurent Ridel

Réunion du mercredi 16 mars 2022 à 10h10
Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la république

Laurent Ridel, directeur de l'administration pénitentiaire :

Le parcours de détention d'Elong Abé, surtout durant les cinq premières années, est émaillé de nombreux incidents qui ont justifié la mesure d'isolement, mesure suprême de sécurité. Une grande part des actes dont il s'était rendu coupable étaient tournés contre lui-même, qu'il s'agisse des feux de cellule ou des tentatives de suicide. Mais il avait également pris en otage une interne en 2015 à l'unité hospitalière spécialement aménagée de Lille.

Ce type de profil est connu au sein de l'administration pénitentiaire même si, fort heureusement, il est minoritaire. Arrivé à Arles le 17 octobre 2019, il a été placé à l'isolement les six premiers mois et a bénéficié d'un suivi très précis et régulier. Le risque était toujours prégnant, ce qui explique le maintien de son statut de DPS. En revanche, la levée de l'isolement a été demandée. Au regard des derniers événements, on peut penser que la décision qui a été prise alors n'était pas la bonne. Cependant, cette décision n'a pas été soudaine. Elle a été prise au bout de neuf mois et demi de placement dans un quartier spécifique d'intégration où le détenu a été accompagné et évalué. Plusieurs députés ont d'ailleurs pu visiter ce quartier. Les résultats de l'évaluation ayant été plutôt positifs, confirmés par l'absence d'incident, ce qui tranchait par rapport à son comportement dans les autres établissements, il a été décidé de le placer, en avril 2020, en détention classique, tout en maintenant son statut de DPS.

Les responsables de la maison centrale d'Arles vous en parleront mieux que moi, mais j'en ai fait l'expérience lorsque j'étais responsable pénitentiaire, une stabilisation est possible, pour certains détenus, grâce au sport ou à un lieu. De même, certaines dégradations de comportement sont difficilement explicables.

L'inquiétude concernant Elong Abé, tant aux niveaux pénitentiaires local, interrégional et national, portait sur les conditions de sa sortie de prison – vous avez travaillé, débattu et voté une loi à ce sujet. Celle d'Elong Abé était prévue en 2023, donc très prochainement. Il nous semblait important de la préparer au mieux. En effet, même si son parcours en détention s'était amélioré, son comportement restait celui d'une personne dont la stabilité psychologique n'était pas totale, et qui nécessitait un suivi particulièrement adapté et une évaluation avant sa sortie. Le risque qui était perçu était plus celui de sa sortie que celui de la poursuite de sa détention dans la maison centrale d'Arles, où les choses s'étaient très nettement améliorées depuis plus de deux ans, et ne présentaient, à ma connaissance, aucun signe objectif de dégradation.

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