Intervention de Laurent Ridel

Réunion du mercredi 16 mars 2022 à 10h10
Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la république

Laurent Ridel, directeur de l'administration pénitentiaire :

Je vous confirme qu'il y a bien deux TIS à la centrale d'Arles, en dehors d'Elong Abé, et qu'il y a peut-être deux détenus de droit commun radicalisés. Actuellement, 430 TIS se trouvent dans nos établissements, un nombre qui est monté jusqu'à 560 en 2020, et environ 600 détenus de droit commun radicalisés repérés et surveillés pour cela. Il y a, à l'extérieur, plus de 250 terroristes islamistes qui ont purgé leur peine et font l'objet d'un dispositif de suivi par l'administration pénitentiaire.

Je ne peux, avec tout le respect que je vous dois, monsieur le député, ainsi qu'à votre mandat, vous laisser dire que l'administration pénitentiaire ne prend pas en compte le danger que représentent les TIS. Nous avons eu cinq attentats islamistes dont quatre dirigés contre les personnels, que j'ai rencontrés, puisque j'étais leur directeur interrégional, notamment à Osny, mais également à Condé, au Havre et à Vendin-le-Vieil, et nous avons aussi payé de notre chair, comme les autres serviteurs de l'État républicain que nous défendons au péril parfois de la vie des agents. Nous savons que ces gens-là peuvent être extrêmement dangereux, et c'est pourquoi nous créons de nouveaux dispositifs depuis six ans.

Depuis que je suis à l'administration pénitentiaire, j'essaie de les rendre plus lisibles et plus opérationnels, grâce à mon expérience à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris. Le 31 janvier 2022, j'ai adressé une stratégie de lutte contre la radicalisation en milieu fermé, avec une note comportant des éléments très concrets. Quelqu'un qui négligerait ce terrorisme ne le ferait pas. Le 17 juillet 2021, j'ai rappelé la stratégie d'évaluation en quartier d'évaluation de la radicalisation (QER). Enfin, le 24 décembre 2021, avec un petit mot signalé, j'ai rappelé à tous les directeurs les mesures de sécurité à appliquer aux personnes incarcérées pour des faits de terrorisme en lien avec l'islamisme radical ou repérées comme radicalisées, en réinsistant sur des mesures spécifiques d'ouverture de cellules et d'accompagnement des mouvements de détenus ou en faisant établir des notes de gestion individualisée des mesures de sécurité à respecter. Je veux bien que l'on assigne à l'administration pénitentiaire une obligation de résultat là où, parfois, dans la société, d'autres ont échoué. Nous faisons le maximum. Ce maximum ne produit pas toujours les effets escomptés, je l'assume, mais je peux vous dire que la mobilisation de tous les fonctionnaires pénitentiaires, parfois au péril de leur vie, est totale, notamment sur ce sujet.

S'il faut modifier les règles de droit pour qu'aucun terroriste islamiste ne puisse bénéficier d'activités ou d'un travail en prison, cela ne m'appartient pas. En 2012, l'un de mes prédécesseurs avait instauré une interdiction partielle de classement à un poste de travail de service général en maison d'arrêt – ce n'est pas le cas de la maison centrale d'Arles – qui a été cassée par un arrêt du Conseil d'État en 2015. Le ministère de la justice respecte le droit. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de défaillances – les enquêtes le démontreront, le cas échéant, et je l'assumerai. Certaines mesures nécessitent un examen redoublé du fait que la personne est TIS et DPS, et les critères d'inscription au répertoire des DPS, notamment l'appartenance à la mouvance islamiste radicale, doivent être pris en compte.

Quant à ce qu'a fait M. Elong Abé en Afghanistan, je n'ai pas d'éléments à porter à votre connaissance.

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