Pour ma part, j'estime qu'il nous faudra travailler avec les géants technologiques américains. Microsoft a ainsi annoncé il y a quelques mois un investissement de 3 milliards de dollars en compagnie du gouvernement britannique pour continuer le développement des infrastructures, des data centers, des capacités de calcul et le financement de la recherche fondamentale. Il faut également relever que le gouvernement britannique essaye de prendre une position de leadership sur l'IA, notamment sur la question de la désinformation. Il a également proposé récemment, sur le modèle du Conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN) un « CERN pour l'IA » qui serait installé à Londres. Cet exemple témoigne de la concurrence entre capitales pour accueillir d'éventuelles prochaines instances. À l'occasion du sommet Choose France, les mêmes géants (Microsoft, Google, Amazon) ont proposé la même stratégie mais formulée de manière différente, afin de ne pas heurter une sensibilité plus élevée sur les questions de souveraineté en France.
En matière de souveraineté, il importe de trouver la juste mesure. La société Mistral AI constitue, à ce titre, un cas d'école intéressant, compte tenu de la composition de son capital et des hyperscalers américains qu'elle utilise. La question de la souveraineté implique donc celle du bon dosage de la coopération avec les géants du numérique, de manière pragmatique.
S'agissant des armes autonomes, je ne suis pas pessimiste mais réaliste. Dans le contexte géopolitique actuel, je vois mal pourquoi les États-Unis et la Chine accepteraient d'aller au-delà de quelques guidelines générales. Cela étant dit, les propositions de l'Organisation des Nations Unies (ONU) me semblent intéressantes, dans la mesure où elle essaye elle aussi de conserver son leadership normatif. Ici aussi, la question de la coopération globale ou de la fragmentation demeure ouverte.