Intervention de Christine Pires Beaune

Séance en hémicycle du jeudi 15 octobre 2020 à 9h00
Projet de loi de finances pour 2021 — Article 3 (précédemment réservé)

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaChristine Pires Beaune :

Nous sommes tous focalisés sur les relocalisations, mais pour réussir, il faudrait commencer par s'interroger sur les causes des délocalisations. Nous avons évoqué les nombreuses raisons qui ont amené depuis cinquante ans, en France, les entreprises à délocaliser. Parmi elles, il y en a une fondamentale : le maintien des marges des entreprises et ce qui en découle, le versement des dividendes aux investisseurs. Il s'agit là tout simplement de la loi du capitalisme ou, si on veut être plus modernes, de la loi du libéralisme, qui veut que l'argent aille là où cela rapporte le plus. Sauf que dans notre pays, comme il n'est pas politiquement correct de parler d'argent, on parle de « compétitivité », ce qui est la même chose dans les faits.

Alors on explique aux salariés qu'il leur faut se serrer la ceinture, se sacrifier pour rester compétitifs, c'est-à-dire pour maintenir les revenus des actionnaires. Et pour faire passer la pilule, l'État subventionne. Je rappellerai ici l'exemple de la vente de l'aéroport de Toulouse, qui a permis l'écrémage des liquidités. Par qui ? Par l'actionnaire défaillant qui avait racheté l'aéroport, l'investisseur chinois !

En amont, on fait des cadeaux colossaux aux entreprises, se chiffrant en centaines de milliards d'euros : suppression de l'ISF, instauration de la flat tax, crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, transformé en baisses pérennes de charges, et aujourd'hui, baisse des impôts de production.

Au moment de la suppression de la taxe professionnelle – vous n'étiez pas encore ici, monsieur Cazeneuve, mais nos ministres si – Carlos Ghosn disait exactement la même chose. Et qu'a-t-on vu depuis ? Vous reconnaissez vous-même que la gestion passée a été un échec.

Si nous voulons réussir la lutte contre les délocalisations, il est urgent – et je serai peut-être d'accord avec vous au moins sur ce point, monsieur le ministre – de reconsidérer la classe ouvrière et surtout sa représentativité au sein de nos entreprises. Malheureusement, c'est mal parti.

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