Intervention de Éric Coquerel

Séance en hémicycle du mardi 19 octobre 2021 à 15h00
Projet de loi de finances pour 2022 — Explications de vote

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaÉric Coquerel :

…mais vous n'avez pas hésité à mentir en assimilant cela au pouvoir d'achat. Selon la simulation réalisée à ce propos par le journal Libération, qui a étudié la question, 22 % des 24 milliards d'euros de mesures gouvernementales ont profité aux 10 % les plus riches du pays.

Acte III : le déni des arguments, des chiffres et des analyses qui détricotent votre politique du ruissellement, sans même vous donner la peine de leur en opposer d'autres. Monsieur le rapporteur général, bien secondé par le ministre, vous avez excellé, tout au long des débats, au jeu de celui qui parviendra à nier le plus longtemps les réalités du pays et de vos recettes budgétaires catastrophiques, et alors que ces arguments proviennent pour ainsi dire de vos services ou, à tout le moins, de gens qui vous sont plutôt proches. Nous vous avons en effet démontré ici depuis des années en quoi vos exonérations, vos rabais fiscaux et votre bouclier du capital enrichissaient bien les plus riches, et plus particulièrement les bénéficiaires de dividendes, sans traces d'effets positifs pour l'investissement et pour l'emploi.

Cette fois, après les rapports de l'IPP, nous sommes revenus à la charge, munis du troisième rapport du Comité d'évaluation des réformes de la fiscalité, composé de proches du Gouvernement et piloté par France Stratégie – autant dire : Matignon. Nous pensions que vous devriez, cette fois, creuser un peu vos réponses. Eh bien, non ! Lorsque nous vous citons ce rapport, selon lequel « on ne détecte là encore aucun impact sur l'investissement et les salaires parmi les entreprises » après l'instauration de la flat tax, vous nous répondez qu'il faut regarder grand angle : emploi, santé économique et records d'investissement !

Lorsque nous vous citons à nouveau ce rapport qui indique que, sur l'ensemble de ces mesures, suppression de l'ISF comprise, « l'absence d'effets identifiés sur l'investissement des entreprises […] s'inscrit en fait dans la lignée de nombreuses études académiques disponibles au niveau international qui échouent à mettre en évidence qu'une modification de la fiscalité du capital pesant sur les ménages puisse avoir un effet notable sur le comportement réel des entreprises, tant en termes d'investissements que de demande de travail », vous nous répondez de nouveau qu'il faut regarder grand angle : emploi, santé économique et records d'investissement !

Lorsque nous vous citons le même rapport, qui évoque l'explosion des dividendes avec une augmentation de 60 à 70 % par an, et le lien de causalité avec la flat tax, vous nous répondez de nouveau qu'il faut regarder grand angle : emploi, bonne santé économique et records d'investissement. Bref : tout va très bien, madame la marquise !

J'ai déjà dit ce que je pensais de votre entourloupe à propos de l'emploi et de la bonne santé économique. Je finirai donc sur vos sornettes à propos de l'investissement. Alors que la secrétaire d'État au Trésor des États-Unis elle-même estime que c'est d'investissements que l'économie a besoin pour être compétitive et déplore « le moins-disant fiscal au nom de la compétitivité », il ne reste que vous pour défendre cette vision archaïque. Résultat : en France, depuis 2017, selon l'enquête annuelle du think tank patronal Rexecode, la France compte plus d'investissements sortants que de capitaux entrants. Sa compétitivité s'est fortement dégradée. Le résultat, c'est ça !

Bref, la propagande que vous développez pour accompagner ce budget, c'est du pipeau, davantage conçu pour la campagne du candidat Macron que pour décrire la réalité économique du pays

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