Intervention de Alexis Corbière

Séance en hémicycle du jeudi 6 mai 2021 à 9h00
Parrainages citoyens pour la candidature à l'élection présidentielle — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAlexis Corbière, rapporteur suppléant de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République :

C'est précisément pour éviter que les candidatures à l'élection présidentielle ne soient filtrées d'abord par des intérêts privés qu'il faudrait pouvoir s'adresser directement aux citoyens – non pas, je le redis, pour critiquer les élus, mais pour ouvrir une autre voie.

Madame la ministre déléguée, vous avez aussi, par taquinerie sans doute, parlé de candidats qui n'auraient pas pu se présenter. Jean-Luc Mélenchon a évoqué le cas de Daniel Gluckstein, qui nous écoute peut-être, mais aussi celui de Pierre Boussel.

En 1988, Pierre Boussel, dit Lambert, avait eu mon soutien. C'était une candidature très modeste ; il avait obtenu 0,38 % des voix. Cela en fera sourire certains… mais nous défendions des idées, la critique de la Ve République, de petites choses comme cela. Mais précisément, l'essentiel de cette campagne, à laquelle j'ai participé, a été consacré à aller en province, dans nos voitures, avec nos fonds privés, pour faire la tournée de ces « petits maires ». J'étais jeune étudiant, j'avais une vingtaine d'années, et j'allais voir des gens qui nous disaient qu'ils n'étaient disponibles qu'entre dix-huit et dix-neuf heures parce que le reste du temps, ils étaient au boulot… Aller les voir, simplement aller les voir, était très difficile. Nous avons passé presque un an, non pas à faire campagne, mais à récolter les 500 signatures qui allaient rendre possible la candidature.

Cet argument montre précisément que ce filtre des élus oblige les formations politiques à consacrer du temps, de l'argent, de l'énergie à cette récolte de signatures quand elles pourraient mener campagne en direction de nos concitoyens. Nous proposons d'ouvrir une voie qui serait plus facile pour ceux qui disposent d'un soutien populaire : voilà le cœur de la discussion.

Ce n'est pas là le seul problème des institutions de la Ve République : notre critique est bien plus profonde. Mais il n'empêche que, dans l'élection qui vient, le risque d'un filtre antidémocratique existe bel et bien, que vous le vouliez ou non.

Ce n'est pas par mépris, mais par respect pour les élus, que nous faisons cette proposition, car nombre de ceux que l'on appelle des petits élus, c'est-à-dire des élus de petites communes, subissent des pressions. Cela pourrait poser problème à ceux qui sont de vrais républicains, d'ailleurs : ils n'ont pas été élus en disant qui ils soutiendraient ; le soutien apporté à un candidat à l'élection présidentielle est un choix personnel, fondé souvent sur des critères liés au goût pour le pluralisme. Et, oui, ils subissent des pressions. Naïf celui qui croit que la décision d'implanter un équipement est prise par la communauté d'agglomération de façon parfaitement apaisée et sereine, si le maire en vient à soutenir un candidat qui ne conviendrait pas au président !

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